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Une vie de chien de luxe (suite)
Semaine du jeudi 24 octobre 2002 - n°1981 - Economie - Marketing
Après le marché des enfants, les Gucci, Ralph Lauren et autres Vuitton s’attaquent à celui des compagnons à quatre pattes. De la croquette siglée à la laisse bijou, rien n’est trop beau.
Il y a le manteau en cachemire, bleu ciel, rose tendre ou rouge grenadine, taille XXS pour petit chien (120 euros). La laisse en cuir véritable (90 euros). Le «toybone», jouet à mâchonner avec précaution (270 euros quand même...). Et, clou de la collection, les petites croquettes siglées Ralph Lauren vendues par boîtes de douze, à 50 euros la boîte. Il faudrait vendre le reste de toutes vos sicav pour remplir le bol de faïence écru assorti (90 euros). «En fait, ce sont plutôt des gourmandises à déguster», nuance Joanne Gilbert, porte-parole de Ralph Lauren France. A 5 euros la croquette, le fashion-toutou a intérêt à ne pas faire la fine bouche...
Depuis début octobre, les boutiques Ralph Lauren de Paris, Londres et New York proposent à leurs distingués clientes et clients les accessoires absolument indispensables de la hype version canine. Une tocade de Ralph Lauren senior? Pas du tout. Car le chien est définitivement tendance. Il y a quelques mois, Gucci a lui aussi lancé la ligne Gucci Dog (sic). Suivi par Vuitton, qui propose laisse et sac en cuir sertis du célèbre monogramme. Quant à Burberry’s, il décline son fameux imprimé à carreaux en manteau et autres fanfreluches pour toutous chics. Et le salon de coiffure à Paris de Marie Poirier, styliste pour chiens – créatrice d’une coupe au carré spécial yorkshire, cela ne s’invente pas! – ne désemplit pas. La dame prépare d’ailleurs son deuxième défilé de mode pour chiens prévu pour mars.
"Ce n’est pas étonnant. Après tout, aux Etats-Unis, 36 millions de chiens reçoivent des cadeaux à Noël. Le marché de la nourriture pour chiens dépasse celui de la nourriture pour bébés! Au total, aliments et produits confondus, le marché pèse 52 milliards de dollars», remarque Etienne de Swardt. Avec son confrère Laurent Jugeau, cet ancien de Givenchy avait lancé en 2000 Oh My Dog, le premier parfum pour chien. Un jus imaginé par un vrai parfumeur, vendu le prix d’une vraie eau de toilette (25 euros), et distribué chez Sephora ou Marionnaud. Un coup de pub éphémère? Que nenni! En 2001, Oh My Dog s’est vendu à 300 000 exemplaires. Il se décline désormais en shampooing («qui respecte le PH de l’épiderme du chien"), en version pour chat – Oh My Cat –, en une ribambelle d’accessoires de luxe, sacs, laisses, bijoux. Et même en CD: un florilège de douces mélodies pour apaiser les humeurs de votre compagnon canin. La marque, qui a son stand au Printemps Haussmann à Paris, est distribuée au Brésil ou à New York chez Sachs. Et compte dans ses ambassadrices la charmante actrice Charlize Theron, ou la présentatrice de MTV Japon, une star en Asie. "Là-bas, Oh My Dog est très en vogue, explique Etienne de Swardt. Il a même été détourné par des jeunes branchés hongkongais, qui l’utilisent pour eux..."
Très dans l’esprit de la "dog attitude" qui consiste, selon Oh My Dog, à vivre en harmonie avec son chien, les marques César et Sheba, propriétés du groupe Mars, ont sniffé une petite dose de branchitude. La nouvelle campagne de pub, signée par le photographe de mode Mario Testino, a été diffusée dans des journaux comme "Têtu" ou "Jalouse"... et couronnée par le lancement d’accessoires très, très fashion – comme le manteau en jean pour chien Vivienne Westwood ou le canapé – toujours pour chien – de Christian Ghion référencés notamment chez Colette, La Mecque des branchés parisiens...
Voilà pour le côté frime. Mais côté santé, les maîtres sont de plus en plus soucieux de diététique canine. Le groupe Mars a racheté Royal Canin, le spécialiste du produit nutritionnel haut de gamme (100 euros pour 15 kilos de croquettes, qui dit mieux?), aux courbes de croissance assez surréalistes (+25% par an!) «Maintenant, on ne se contente plus de nourrir. Il faut prévenir, voire guérir», martèle gravement son PDG, Henri Lagarde. Chez Royal Canin, qui se veut le L’Oréal du chien, on parle labo, recherche, on vous explique de A à Z le fonctionnement de l’intestin de chien (sic). Un sujet crucial! Car si L’Oréal vous promet de réduire rides et ridules, Royal Canin, lui, diminue de 60% le montant... des déjections canines. Ah, les miracles de la science...
Bref, oubliez la vulgaire pâtée sans vertu curative! "On propose des produits de plus en plus pointus. Des barquettes individuelles de repas. Du light. Du diététique. Des aliments pour chats seniors. Pour les chats d’intérieur qui perdent leurs poils. Pour la mauvaise haleine, énumère Sophie Dubois, directrice marketing de Friskies. Et comme pour les humains, le "snacking" est très à la mode, avec plein de petits biscuits à grignoter."
Ce n’est qu’un début. Après la nourriture, reste l’eldorado des services pour chiens: dog-sitter, services d’incinération, voire services funèbres (ah, la messe canine à l’église Sainte-Rita...), psychologues pour chiens, assureurs fleurissent de tous côtés. Au Japon, où l’on révère les boules de poils, on trouve même des hôtels pour chiens, des menus spéciaux dans les restaurants, et – comble du chic – des radios canines! Avis aux entrepreneurs. DOAN BUI.
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